Titre

Faire savant es contrepets

Fêlé pour la qualité de ses citations.

Ancel, Jacques, Le contrepet quotidien
AVIS (sur nos buts)
Que nul ne doute de la pudeur de notre préface. Le sujet est en effet délicat... Chaque jour, nous entendons et lisons (sans penser à malice) de diaboliques contrepèteries. Et nous les répétons, sans songer qu’à chaque pas quelque chute nous menace.

Balzac (Honoré de...) La physiologie du mariage, Méditation XXV
Dans notre ancienne et si admirable littérature, équivoquer c’était faire une contrepèterie ; et contrepéter, c’était faire une équivoque ; de sorte que toujours on équivoquait en contrepetant, et qu’on contrepetait en équivoquant. Cette définition est une espèce de contrepèterie. L’équivoque s’obtient en renversant les termes de la proposition, ou plus souvent en échangeant les lettres initiales de deux mots. Rabelais, Verville, Tabourot sont pleins de contrepèteries. La plus célèbre de toutes celles de Rabelais est : Femme folle de la messe, etc. Mais si Rabelais, Verville ou Tabourot eussent vécu au dix-neuvième siècle, ils n’auraient pas certes manqué celle-ci : Allez, pères de la foi ; allez fères de la poi !

Bannour, Abderrezak. «Stratégies de contournement dans le jeu tabous/euphémismes. Une manifestation du compromis entre le dicible et l’indicible », Mohamed Nachi éd., Les figures du compromis dans les sociétés islamiques. Karthala, 2011, pp. 277-292.
Le tabou est le paradoxe qui fait vivre et mourir la langue, qui la rend efficace mais la voue à la mort. Il est le moteur de sa dynamique mais la cause de l’étiolement de ses bourgeons les plus verts. Il l’appelle à « taire » alors que sa fonction est de « dire »!

Benoist, Pierre François, in avant propos, Pouzet, 500 nouvelles contrepètries
… le second sens, ou sens caché, qui naît de cette inversion, parfois simple lapsus linguae — ce faux pas de la langue —, est lui toujours amusant, cocasse, humoristique, et le plus souvent, tout naturellement, osé, cru, vert, salé, leste, déshonnête, égrillard, grivois, licencieux, libertin, paillard, gaulois, impudique, déplacé, indécent, scabreux, immoral, graveleux, obscène, pornographique, voire coprolalique, mais toujours désopilant et qualifiant des mœurs débridées, libertines, c’est-à-dire en un mot un sens rabelaisien.

Benkheira, Muhammed, Un muftī contemporain Ahmad Hammānī (1915-). Contribution à une sociologie de l'islām algérien, in Arabica, 1999, Volume 46, n°1, https://doi.org/10.1163/157005899774229401
5), l’ auteur ne nous dit rien du fond des critiques qui sont été émises contre Mālik, en dehors du fait que certains le désignent pour se moquer par une contrepèterie l’imām «Hālik», du verbe qui permet d’ exprimer l’ idée de perdition au sens religieux.

Chiflet, Jean-Loup, Oxymore mon amour
Elle [la contrepèterie] nécessite trois protagonistes : celui qui l’invente, celui qui la comprend et … celui qui ne la comprend pas.

Casevitz,Michel, Philologica varia III-V, in Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes 2014/1 (Tome LXXXVIII)
Bdélycléon se réveille et leur [deux esclaves] demande de surveiller son père :
οὐ περιδραμεῖται σϕῷν ταχέως δεῦρ᾿ ἅτερος ;
ὁ γὰρ πατὴρ εἰς τὸν ἱπνὸν ἐξελήλυθε
καὶ μυσπολεῖ τι καταδεδυκώς.
« Qu’un de vous fasse à l’instant le tour par ici. Mon père est entré dans le fourneau et, tapi là-dedans, il furette comme une souris ».
Le verbe μυσπολέω est un hapax, expressif. Les scholies anciennes attribuent aux Attiques ce verbe composé que Chantraine (DÉLG, s.u. μῦς) juge « anomal et plaisant ». De fait le verbe paraît fait à l’image du composé πυρ-πολέω « entretenir le feu », mais μυσ- n’est pas complément du deuxième terme, il doit être compris comme une apposition au sujet du verbe, image abrupte (comme Hugo en fit) : Philocléon s’agite tel une souris, disons qu’il fouine.
Comme souvent chez Aristophane, on a affaire à une plaisanterie qui déjoue l’attente (παρ᾿ ὑπόνοιαν). Et la plaisanterie ne peut être comprise que si on lit d’affilée μυσπολεῖ τι : μυσπολεῖ n’évoque rien, mais μυσπολεῖ τι fait penser à un verbe bien connu, μυστιπολεῖ, « il célèbre les mystères » : on a affaire ici à un contrepet, le seul peut-être parmi les jeux de mots prisés par notre Comique, fondé sur la transposition d’une syllabe (τι).

Corvin, Michel, Petite folie collective , illustrations de Copi
Chez Aristophane ou chez Rabelais, dans les comptines et les chants populaires comme dans les Fatrasics, Bourdes et Derveries du Moyen Age, les barrières du rationnel sautent et s’ouvrent toutes grandes les portes d’une fantaisie multiforme. Mais que l'on ait voulu seulement jouer avec les sons en détournant le langage de son rôle d'interprète impassible, ou peser sur les sens en inventant les subtilités de l’assonance, de l'allitération. du calembour, du pataquès, du coq-à-l'âne, du palindrome (1), de l’écholalie (2), du métagramme (3), de la contrepèterie, ou de l’anagramme, le langage, si torturé qu'il parût, restait, jusqu’au mouvement Futuriste inclus, la démonstration d'une force …

Dupré-Carra, Léon
Cf. ci dessous Oncial

Etienne, Luc, L’art du Contrepet
Avoir lu Perceau.
Chacun, selon les ressources de son imagination et de son vocabulaire, peut, en opérant avec méthode, non seulement retrouver par lui-même des contrepèterie appartenant au patrimoine commun, mais en inventer de nouvelles. C'est un excellent exercice intellectuel qui tient à la fois des mots croisés et du problème d’échec, du rébus et de la satire, des bouts-rimés et du canular, des hautes mathématiques et de la création poétique ou musical. Bref la contrepèterie est bien autre chose qu'une frivole amusette . Elle est objet de science, mieux, elle est œuvre d'art. Pour cette science ou pour cet art assez analogue à celui du contrepoint nous avons forgé le nom de contrepet.

Faure, Guillaumette in M, le magazine du Monde, n°287, 18 mars 2017 raconte  :
Quelqu’un interroge Alain Rey sur son « approche à la contrepèterie ». Il en entreprend une froide analyse de chercheur rappelant qu’elle n’a de sens pour les Français que si elle débouche sur de la scatologie ou de l’érotisme.  Puis soudain il se souvient être passé devant l’affiche d’un spectacle, La Colline de bottes, et devient hilare.

Feuillard, Colette. « Langue et expérience : adéquation, variation, altération ? », La linguistique, vol. vol. 45, no. 2, 2009, pp. 153-160.
En outre, les argots utilisent les mêmes procédés de formation des mots que la langue standard, cf. la dérivation, bledard ~ routard, l’apocope artiche (artichaut) ~ auto (automobile), l’aphérèse, blème (problème) ~ bus (autobus), l’inversion de syllabes ou de lettres (cf. le verlan), meuf (femme), ripou (pourri), relou (lourd), que l’on retrouve dans des jeux de mots comme les contrepèteries, cf. femme folle à la messe (phrase empruntée à Rabelais) ~ femme molle à la fesse, qui s’inscrivent dans un registre burlesque ou grivois. Ce qui différencie le verlan des contrepèteries, c’est en grande partie l’usage, le verlan étant propre à un groupe qui cherche à se démarquer des autres, les contrepèteries relevant du jeu de mots destiné à faire rire. Mais leur mode de fonctionnement repose sur les mêmes principes que ceux de la langue standard, …

Forgue, Guy Jean, commentant le livre d’Etiemble : "Parlez-vous franglais ?" in Les Langues modernes : bulletin mensuel de la Société des professeurs de langues vivantes de l'enseignement public, 1964/05
Quant à messieurs les snobs et les maniaques de l'américanisme, une seule méthode avec eux, mais puissamment éprouvée : l'irrespect, le ridicule, la parodie, la grosse rigolade bien de chez nous. Et là, justement, j’aimerais reprocher à Etiemble d’avoir été trop sérieux, trop indigné parfois. Oui, trop sérieux avec ces oiseaux-là. Il fallait prendre le pistolet à eau, ou à encore, la vessie gonflée, le serpentin à coulisse; il fallait utiliser à fond le pied de nez, la pantomime, le contrepet.

Gervais, A. (1971). Le jeu de mots. Études françaises, 7(1), 59–78. https://doi.org/10.7202/036478ar
Le contrepet, ... est … la grande spécialité de Rrose Sélavy, personnage ubiquitaire de Marcel Duchamp. En son nom, Marcel Duchamp et Robert Desnos actionnent un « mécanisme perturbateur de la pensée logique, libérateur et donc poétique », imposant un « traitement expérimental » du son et une « cure de désintoxication» du sens, disposent les mots end'« étonnantes équations poétiques» et nous obligent à les voir comme des forces autonomes, signifiantes, créatrices, capables de « commander à la pensée», comme les muscles exhibés de l'inconscient en action. L'obscénité : « Faut-il mettre la moelle de l'épée dans le poil de l’aimée ? » — « Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles. » La profanation : « Église, exil.» — « Rrose Sélavy s'étonne que de la contagion des reliques soit née la religion catholique.

Groupe Mu (Liège, Belgique), Rhétorique de la poésie : lecture linéaire, lecture tabulaire /
 Il est plus facile d'imaginer une société où il serait interdit de composer un sonnet qu'une humanité où, d'aucune bouche, ne s'échapperait, d'aventure, un contrepet.

Guiraud, Pierre, Dictionnaire érotique
Les métaphores sexuelles sont tirées d’un nombre limité de registres : depuis toujours et dans tous les pays, les armes et les objets pointus désignent le phallus ; les objets ronds ou creux désignent l’anus ; les liquides désignent le sperme. Pour peu que l’on connaisse le sens propre d’un terme, il est facile d’en deviner le sens figuré.
Cité dans l’article "Jobelin" de Wikipédia.

Lacan, Jacques. Lituraterre. In: Littérature, n°3, 1971. Littérature. Octobre 1971. pp. 3-10. DOI  https://doi.org/10.3406/litt.1971.1925
LITURATERRE : Ce mot se légitime de Ernout et Meillet : lino, litura, liturarius. Il m'est venu, pourtant, de ce jeu du mot dont il arrive qu'on fasse esprit : le contrepet revenant aux lèvres, le renversement à l'oreille.

Martin, Joël , Dico de la contrepèterie
des mots rabelaisiens … que le pudique paravent du contrepet, selon le belle expression de Luc Etienne, dérobait, au fil de l’ouvrage, à nos chastes oreilles.

Milner, George B., De l'armature des locutions proverbiales. Essai de taxonomie sémantique, Homme, Année 1969, 9-3, pp. 49-70
… le chiasme et le contrepet se ressemblent en ce sens que ces figures de mots :
1 reposent toutes les deux sur une base quadripartite, esquissée par le contrepet, et pleinement révélée par le chiasme,
2 fonctionnent toutes les deux dans l’espace paragrammatique.
Note du claviste : Baudelaire chanta t'il jamais les chiasmes des matins ?

Oncial, Jacques, Le Trésor des équivoques, antistrophes ou contrepèteries, parangon du beau et honnête langage
… mais elle [la langue française] butte aussi, parfois, un rien l'arrête dans sa fougue endiablée, elle se cabre et fait un écart : la perfide contre-péterie, embusquée au tournant de la route, l'a frôlée au passage, et l'ardent coursier fait panache en écrasant son cavalier.

Perceau, Louis , La redoute des contrepèteries
Comme ce répertoire pourrait tomber entre les mains de quelques "gens du monde", nous avons tenu à lui conserver cette décence de bonne compagnie qui lui permettra de circuler dans la société sans imiter M. Joseph Prud’homme, lequel, sur ses vieux jours, rougissait au moyen du fard des erreurs de jeunesse.

G. P. Philomneste (nom de plume de Gabriel Peignot), Amusemens philologiques, ou Variétés en tous genres
La contrepetterie ( terme dont s'est servi un vieil auteur) consiste à transposer la première lettre de deux mots, ce qui arrive fréquemment à ceux qui parlent avec trop de volubilité ; mais pour qu'elle soit exacte, il faut que la phrase ait toujours un sens, quelque ridicule qu'il soit. … Je me serois bien gardé de parler de ce genre ridicule et détestable, qu’on appelle aussi ANTl - STROPHE, si quelquefois on ne l'avoit appliqué à la poésie.

Pitte, Jean-Robert, Staszak J.-F., Géographies de Gauguin, compte-rendu in Annales de géographie, Année 2004, 638-639 p. 558.
Des géographes du monde entier se passionnent désormais pour les religions, l’opéra, la littérature, la cuisine, le sexe, l’art des jardins, l’architecture intérieure et mille foutaises qui aident à vivre : la nuit, le nu, le contrepet, pour évoquer des travaux récents de géographes français.

Rivière, Jean commentant le livre de "Michel Ballard, Les Faux Amis." in Les Langues modernes : bulletin mensuel de la Société des professeurs de langues vivantes de l'enseignement public, 2000/2
Je m'attarderai cependant sur les spoonerisms qui n'ont que rarement à voir avec nos contrepets français. L'art de la contrepèterie consiste en effet à cacher sous la phrase la plus anodine, par interversion de voyelles, de consonnes ou de syllabes entières, les allusions les plus ordurières. On ne doit naturellement jamais les « traduire ». Personne n'imaginerait un corrigé de l'Album de la Comtesse du Canard Enchaîné. On peut certes en anglais rencontrer marginalement de telles énigmes, comme dans « What’s the différence between a young lady in her bath and an old lady at church? The old lady has her soûl full of hope ». Mais, les spoonerisms sont plutôt des pataquès dérivés des interversions de syllabes d'un dénommé Spooner (1944-1930), principal du New College à Oxford. Le spoonerism est toujours donné dans sa version finale et il nous faut deviner la version première, ainsi de « Let us drink to our queer old dean », prétendument adressé à la reine Victoria.

Tabourot, Estienne, Les Bigarrures et Touches du Seigneur des Accords
Il ne faut pas se scandaliser s’ils sont un peu naturalistes, car je ne sais comme il avient que plus volontiers on se ruë plus sur cette matière que sur une autre et y rencontre-t-on plus plaisamment.